Regards croisés sur les jardins

L’amour au jardin

Publié le 16 juin 2006, par Gérard Durieux


Avec humour et passion, Jean-Pierre Otte, ce guide sûr au langage chatoyant et sensuel, nous régale de pleines brassées de mots dorés et poudrés.

OTTE Jean-Pierre, L’amour au jardin, Phébus, 2002

« En avril-mai, le jardin n’est plus qu’un champ de copulation, un lieu de débauche, une chorégraphie de l’amour prompt ou, au contraire, délicat, éthéré, subtil..."

Fort de cette conviction d’entomologiste poète et amoureux, l’auteur ardennais d’une déjà longue série enchanteresse de récits et de chroniques, nous emmène ici dans un voyage étrange et subtilement enivrant.

Il distille pour nous nectars liquoreux et parfums entêtants, cisèle en orfèvre de l’observation, sons, senteurs et saveurs. A le déguster, nous n’ignorons plus rien des stratégies de séduction, de l’ingéniosité machiavélique de l’orchidée, de la passiflore ou du sabot de vénus pour affriander le bourdon pataud ou l’abeille présomptueuse...

Avec délectation il évente les pièges tendus par ces princesses ou bohémiennes des jardins, orchestre et met en scène les clameurs, les couleurs et les rites de mille « visites intimes », d’amours cannibales, d’étreintes dévorantes, de baiser venimeux...

Un tantinet moraliste jusqu’à l’anthropomorphisme, mais toujours avec humour et passion, ce guide sûr à la langue chatoyante et sensuelle nous régale de pleines brassées de mots dorés et poudrés.

Il nous leurre aussi comme tout « romanteur » qui se respecte et nous entraîne dans ses jardins imaginaires. Comme une araignée tisse sa toile.

Un pur bonheur de lecture, capiteux, avec ce qu’il faut d’arrière-goût d’inquiète fascination devant le « théâtre » d’une nature ainsi revisitée avec talent.